Le plastique : un défi éthique et esthétique

Le plastique : un défi éthique et esthétique

Redon­ner une valeur esthé­tique au plas­tique recy­clé pour­rait per­mettre d’amorcer la tran­si­tion en éveillant les consciences par rap­port à la fabri­ca­tion, à l’usage unique et au tri des embal­lages plastiques.

 

Le plas­tique, matière jadis pro­vi­den­tielle, est aujourd’hui une véri­té qui dérange : celle d’un modèle de socié­té de sur­con­som­ma­tion, du “tout jetable”, l’un des fers de lance d’un sys­tème dont l’humanité com­mence à consi­dé­rer les limites. Long­temps condi­tion de la mobi­li­té et de sécu­ri­té ali­men­taire, il est consti­tu­tif de la majo­ri­té de nos embal­lages depuis des décen­nies. Aujourd’hui, les déchets plas­tiques consti­tuent un “7e conti­nent” et enva­hissent notre quo­ti­dien : 10 mil­lions de tonnes sont pro­duites chaque seconde et 125 mil­lions de tonnes pol­luent les océans déployant des par­ti­cules que l’on retrouve désor­mais dans l’estomac des ani­maux marins et dans l’eau de cer­taines régions du monde.

Face à cette menace envi­ron­ne­men­tale et sani­taire, les pou­voirs publics et la Com­mis­sion Euro­péenne ont mis en place des mesures coer­ci­tives, encore jugées par­tielles ou insuf­fi­santes. Les ini­tia­tives citoyennes se mul­ti­plient pour trou­ver des alter­na­tives à cette matière, cer­tains appellent même au boy­cott. Devant cette peur du “plas­tic bashing”,  cer­tains groupes indus­triels comme Car­re­four, Danone ou encore Uni­le­ver, tendent à réduire les embal­lages voire à les sup­pri­mer en tes­tant des sys­tèmes de consignes à grande échelle telles que LOOP. 

Si le “zero waste” reste l’objectif final, la route est longue… Nous pro­po­sons ici une réflexion qui pour­rait être une pre­mière étape de réso­lu­tion du problème. 

 

Der­rière la menace, une opportunité ?

Si l’objectif est de trier 100 % des déchets plas­tiques d’ici 2025, le tri ne règle que par­tiel­le­ment la ques­tion. Celle des incom­men­su­rables piles de déchets reste inso­luble, même expor­tées dans cer­tains pays pour ne plus être vues. La pou­belle, même jaune, n’est pas un vor­tex magique, un cloud où dis­pa­raî­traient nos déchets… 

Se foca­li­ser sur les embal­lages, c’est ques­tion­ner 46% des déchets plas­tiques. L’enjeu, est bien “d’empêcher la créa­tion et la pro­pa­ga­tion de nou­veaux déchets plas­tiques”,  comme le for­mule Roland Geyer dans une recherche publiée dans le jour­nal Science Advance. Si le zéro déchet semble aujourd’hui uto­pique, il s’agit de ques­tion­ner et sur­tout de repen­ser cette matière pour l’inscrire dans une réa­li­té envi­ron­ne­men­tale et durable. Le plas­tique devient donc à la fois un défi et une oppor­tu­ni­té pour les agences de design. 

Un défi car il s’agit de pro­po­ser une solu­tion à la ques­tion des déchets, d’innover pour trans­for­mer ce déchet en une res­source, de repen­ser la chaîne de valeur, de desi­gner des pro­duits plus sim­ple­ment jetables, mais réuti­li­sables. En ce sens, cela consti­tue sur­tout une for­mi­dable oppor­tu­ni­té d’amorcer un chan­ge­ment de para­digme. Mais com­ment redon­ner à cette matière une réa­li­té à la fois esthé­tique et envi­ron­ne­men­tale ? Et com­ment rendre cette action visible par le consommateur ? 

 

Que devient le plas­tique mis au recyclage ?

Le plas­tique dans nos bacs de recy­clage est col­lec­té, trié selon ses pro­prié­tés, net­toyé puis réduit en paillettes qui sont clas­sées par cou­leur et trans­pa­rence avant d’être fon­dues pour obte­nir des gra­nules de plas­tique recy­clé qui consti­tuent une nou­velle matière pre­mière pour les industries.

 

Embal­lages en plas­tique recy­clé : un par­ti-pris éthique et esthétique

Les gra­nules de plas­tique recy­clé de cou­leurs dif­fé­rentes fon­dues et mélan­gées forment une mar­brure : celle-ci devient la signa­ture du plas­tique recyclé. 

En uti­li­sant cette nou­velle matière pre­mière, les indus­triels s’engagent et rendent visible l’intégration de plas­tique recy­clé dans leur embal­lage. L’engagement de marque s’incarne alors dans des signes visibles. Par ailleurs, les motifs aléa­toires de la mar­brure donnent à l’emballage une dimen­sion arti­sa­nale: l’objet sort de sa réa­li­té pure­ment indus­trielle en deve­nant un objet unique. Qui sait, tou­chés par ce sup­plé­ment d’âme don­né à notre bou­teille d’eau, nous serons peut-être plus à même de la rechar­ger au lieu de la jeter ?

 

Géral­dine Denis, Inno­va­tion Manager

Agathe Rouy-Copier, desi­gner volume

1090 547 France