Récit Prospectif — Principauté d’Excellence, 2168

Récit Prospectif — Principauté d’Excellence, 2168

En 2159, le conseil cli­ma­tique vote la Décla­ra­tion de Res­tau­ra­tion Urba­nis­tique. Les métro­poles sont mises en jachère pour une refer­ti­li­sa­tion des sols et une refo­res­ta­tion des espaces. Le minis­tère de l’Urbanisme et de la Qua­li­té de vie, régule alors les trans­ferts de popu­la­tions vers de nou­veaux espaces orga­ni­sés par appé­tences et styles de vie. Ain­si la prin­ci­pau­té d’Excellence, se construit autour d’une culture de la per­for­mance et de l’élite. La prin­ci­pau­té Sécu­ri­té offre un niveau zéro de cri­mi­na­li­té. Quant à la prin­ci­pau­té d’Entraide, elle valo­rise la coopé­ra­tion et le collaboratif… 

C’est dans ce cadre que Julie Badour, futur-ex Secré­taire Géné­rale du Can­ton 12 de la prin­ci­pau­té d’Excellence, demande sa muta­tion à la Prin­ci­pau­té d’Entraide.

 

 

Cercle Georges Imbert de la Prin­ci­pau­té d’Entraide
Bâti­ment 8 – Ville Nouvelle
Appar­te­ment n°48

 

Jeanne Badour

Prin­ci­pau­té d’Excellence
Can­ton 12

Rue 20, allée 2, lot 4, Appar­te­ment 8

Prin­ci­pau­té d’Excellence, le 8 mars 2168

 

Objet : A la suite de notre entre­tien pour le poste de res­pon­sable de la valo­ri­sa­tion du ter­ri­toire char­gé de la Ville Nouvelle

 

 

Cher Cercle Georges Imbert,

 

Je vous fais suite à notre der­nier entre­tien pour vous témoi­gner une nou­velle fois mon envie de rejoindre votre équipe et de par­ti­ci­per à la valo­ri­sa­tion du ter­ri­toire de votre principauté.

 

En effet, les der­nières mesures gou­ver­ne­men­tales m’ont pous­sées à faire mon intros­pec­tion et à me recen­trer sur l’essentiel. Je suis convain­cue que la mise en jachère des métro­poles et l’incitation mas­sive à mieux occu­per les ter­ri­toires nous per­met­tra de nous recon­nec­ter à la nature et de per­mettre à la terre de se repo­ser pour pou­voir renou­ve­ler ses ressources.

 

Aus­si, je crois que l’avènement d’un reve­nu uni­ver­sel et la nor­ma­li­sa­tion du télé­tra­vail doivent être accueillis comme un sou­la­ge­ment. C’est l’opportunité pour chaque citoyen de prendre du recul et de se poser les bonnes ques­tions afin de trou­ver une socié­té qui lui res­semble et dans laquelle il se sent bien : “Où me sens-je la plus utile ? Quelles sont mes valeurs ? Quel est mon rôle dans ce monde ?”

 

Toutes ces ques­tions, je me les suis lon­gue­ment posées avant d’envisager de chan­ger de ter­ri­toire, et donc de vie.

 

Après avoir tra­vaillé dans la prin­ci­pau­té d’Excellence pen­dant quinze ans, je me suis ren­due compte que je n’avais plus ma place dans cette socié­té. Il est vrai que je crois en la valeur du tra­vail comme vec­teur d’accomplissement de soi, comme le che­min le plus évident vers le bon­heur. Néan­moins, même si l’état d’esprit qui règne dans la prin­ci­pau­té nous pousse tou­jours vers le haut, je ne me sens doré­na­vant plus à l’aise dans une socié­té gou­ver­née par la loi du plus fort ou chaque rela­tion sociale fait l’objet d’une compétition.

 

Bien sûr, on peut s’enorgueillir d’attirer des fleu­rons de la tech­no­lo­gie qui font de nous des êtres aug­men­tés, comme Devia­let ou Alpine. Dans une prin­ci­pau­té où la médio­cri­té et l’amateurisme sont des héré­sies, il paraît tout à fait nor­mal, lorsque l’on aime la musique et le chant, de s’implanter une puce dans le cer­veau pour accroitre ses capa­ci­tés afin de pou­voir chan­ter comme le plus grand des ténors. À ses débuts, Devia­let com­mer­cia­li­sait des objets pour nous faire vivre la meilleure expé­rience du son pos­sible. Aujourd’hui, grâce à eux, nous sommes deve­nus nous-mêmes à la fois nos propres caisses de réson­nance, nos propres ins­tru­ments ain­si que nos propres com­po­si­teurs, pour vivre des expé­riences sonores uniques, et les faires par­ta­ger à nos proches. Le rôle d’Alpine, aus­si a été consi­dé­rable dans notre com­mu­nau­té. En réfor­mant son dépar­te­ment des nanos­ciences et en recru­tant les meilleurs car­dio­logues des anciennes métro­poles, la marque a lan­cé son pro­duit star Heart­Beat, per­met­tant de relier nos corps par élec­trodes à la méca­nique de nos véhi­cules afin de décu­pler et res­sen­tir plei­ne­ment les sen­sa­tions les plus extrêmes.

 

J’aurais pu écrire au Cercle de la prin­ci­pau­té sécu­ri­taire car l’égalité et le res­pect sont des valeurs qui me sont chères. Les gens paraissent très heu­reux en Sécu­ri­té, ils n’ont plus à se faire de sou­ci, le moindre pro­blème est tué dans l’œuf par l’IA. Je suis tou­jours très inter­lo­quée par ces foules dra­pées de dou­dounes Uni­q­lo qui se gonflent au fur et à mesure que la tem­pé­ra­ture chute et nous pres­crit des com­plé­ments san­té en fonc­tion du niveau de nos défenses immu­ni­taires. J’ai le sen­ti­ment que plus la tech­no­lo­gie se per­fec­tionne, moins on ques­tionne les pro­ces­sus qui ont per­mis son amé­lio­ra­tion : que se cache-t-il der­rière la tech­no­lo­gie Cli­mate Adjust ? Quelle uti­li­sa­tion de nos data san­té ? Je pré­fère prendre le risque de m’enrhumer, de vivre pour de vrai, en pleine conscience et pou­voir pro­fi­ter plei­ne­ment de mon libre arbitre, même s’il est par­fois contraire aux recom­man­da­tions de l’Ordre des Méde­cins de la com­mu­nau­té. La preuve, McDo­nald vient de modi­fier sa recette ances­trale du Big­Mac au nom de la blo­ck­chain. Si Yuka peut nous indi­quer pré­ci­sé­ment la tra­ça­bi­li­té de chaque ingré­dient, le goût si fami­lier du Big­Mac de mon enfance me semble bien loin…

 

Je suis déci­dée à rejoindre votre prin­ci­pau­té d’Entraide et tout faire pour rendre ce ter­ri­toire aus­si attrac­tif pour tous qu’il l’est à mes yeux. Je sau­rai mettre à votre ser­vice mon expé­rience au pro­fit de l’intelligence col­lec­tive et de vos prin­cipes de soli­da­ri­té. Je suis très ins­pi­rée par les entre­prises comme Vin­ci qui construisent les villes du futur où chaque immeuble s’adresse à des com­mu­nau­tés d’intérêts, où chaque bâti­ment, empreint de bio­mi­mé­tisme, s’inspire de la nature pour se révé­ler au grand jour. L’Entraide res­semble à un labo­ra­toire à ciel ouvert, tout semble être à inven­ter sur ce ter­ri­toire aux allures de forêt. Ce n’est d’ailleurs pro­ba­ble­ment pas une sur­prise si c’est ici que Bla­bla­car déve­loppe ses modules de for­ma­tion pour les star­tup­pers de l’économie col­la­bo­ra­tive et pilote son pro­jet de co-navi­ga­tion pour mettre un terme à la pol­lu­tion mas­sive des océans.

 

N’hésitez pas à me contac­ter si mon pro­fil attire votre atten­tion, je me ferai une joie de vous détailler mes com­pé­tences et mon expé­rience en plus de vous démon­trer une nou­velle fois ma moti­va­tion à rejoindre un ter­ri­toire dont je par­tage les valeurs.

Dans l’attente d’une réponse de votre part, je vous prie d’agréer, chers membres du cercle, l’expression de mes salu­ta­tions les plus distinguées.

Cor­dia­le­ment,

Julie Badour

 

 

Article co-ima­gi­né et écrit par Marc Beau­deaux, Alexandre Galerne, Kim Hart­mann, Del­phine Lami et Marc-Etienne Rigaud

3304 1208 France