Jérôme Lanoy, fondateur

Jérôme Lanoy, fondateur

Com­ment est-ce qu’on crée sa boîte à 21 ans à la fin des années 1980 ?

J’ai décou­vert le desi­gn à 16 ans en allant visi­ter l’ES­DI (Ecole Supé­rieure de Desi­gn Indus­triel) qui avait ouvert ses portes quelques années aupa­ra­vant. J’ai dû mettre 10 secondes pour savoir que c’est là que je vou­lais aller une fois mon Bac en poche. Dès la deuxième année, j’ai com­men­cé à tra­vailler pour des entre­prises du Sen­tier. J’ai créé Logic Desi­gn cet été-là, à 21 ans. 

 

Te défi­ni­rais-tu comme un desi­gner ou un entrepreneur ?

Je reste desi­gner avant d’être chef d’entreprise. Ce qui me porte c’est une vision de mon métier nour­rie par l’école de Ray­mond Loewy aux formes esthé­ti­santes et par celle du Bau­haus selon laquelle la fonc­tion déter­mine la forme. Pour moi, le desi­gn a un rôle impor­tant à jouer dans la concep­tion même du pro­duit, du ser­vice, de l’usage, il est au ser­vice de l’identité et de l’expression de la marque mais aus­si au coeur de la stra­té­gie d’offre dans le pro­ces­sus d’innovation. Avec un peu de recul, j’ai tou­jours eu envie de suivre cette intui­tion de départ qu’il faut en finir avec cette pseu­do fata­li­té du silo­tage. Il ato­mise la réflexion stra­té­gique et la pen­sée créa­tive. Mon objec­tif est de réus­sir à arti­cu­ler le desi­gn avec l’offre et la stra­té­gie de marque. 

 

“Le desi­gn doit être au ser­vice de la marque, de son offre, son iden­ti­té et son dis­cours, et non au ser­vice d’un pro­cess marketing.”

 

As-tu une recette miracle pour durer 30 ans ?

Mal­heu­reu­se­ment, il n’y a pas de recette miracle. Je pense, comme l’explique très bien le paléoan­thro­po­logue Pas­cal Picq, qu’une entre­prise doit être capable de s’adapter pour per­du­rer : “dans l’évolution, ce sont les espèces les plus spé­cia­li­sées qui dis­pa­raissent en pre­mier quand l’environnement change car elles ont per­du toute adap­ta­bi­li­té”. L’agilité est la clé. Il faut savoir faire évo­luer sa vision du monde.

Nous avons tou­jours fait de l’innovation, de la stra­té­gie de marque, de l’accompagnement même si notre métier de base est le desi­gn. L’approche desi­gn thin­king a tou­jours fait par­tie de nos  pro­cess mais ces der­nières années, nous l’avons déve­lop­pée, bran­dée et sys­té­ma­ti­que­ment remise au coeur de notre tra­vail. Cette approche spé­ci­fique dont découle un cer­tain nombre de métho­do­lo­gies s’appelle Open Pilot. Le maître-mot de l’agence est “Open” car je crois pro­fon­dé­ment en l’intelligence col­lec­tive et nous misons tout sur le col­la­bo­ra­tif et la co-construc­tion. Nous croyons à la force de l’intégration et non à celle de super-spé­cia­listes. Open Pilot est la suite logique de toutes les évo­lu­tions qu’a connu Logic Desi­gn depuis sa création.

 

En quoi consiste Open Pilot ?

Glo­ba­le­ment, c’est une nou­velle manière d’aborder les pro­jets qui nous per­met d’élargir le prisme de la direc­tion artis­tique en arti­cu­lant vision stra­té­gique, desi­gn, inno­va­tion et déve­lop­pe­ment. Beau­coup de créa­tifs vous le diront, les clients prennent rare­ment les pro­jets les plus auda­cieux jugés “trop ris­qués” ou  “trop cli­vants”. L’itérativité, les work­shops consom­ma­teurs, le pro­to­ty­page, le test and learn, les échanges en géné­ral nous auto­risent à faire des pro­po­si­tions plus fortes créa­ti­ve­ment et plus per­ti­nentes com­mer­cia­le­ment tout en limi­tant les risques et en accé­lé­rant le time-to-market. 

 

“Avec Open Pilot, je veux redon­ner ses lettres de noblesse au design.”

 

C’est un nou­veau chal­lenge mais, en met­tant en place cette approche spé­ci­fique, nous avons aus­si atti­ré davan­tage de talents en phase avec notre vision du métier, nos valeurs et notre façon de faire. Avec Open Pilot, je veux redon­ner ses lettres de noblesse au desi­gn. La direc­tion artis­tique ne peut pas être cana­li­sée par un mar­ke­ting inté­gré sans ris­quer de perdre sa fraî­cheur car il est impos­sible de réel­le­ment inno­ver lorsqu’on est dedans, il faut de la hau­teur de vue, du recul, de la liber­té dans l’action et dans la créa­tion. Cette vision du métier est por­teuse de valeur. Elle peut beau­coup appor­ter à l’agence, à la pro­fes­sion, à nos clients. Nous la déve­lop­pons donc en France et dans nos agences inter­na­tio­nales, en Espagne, en Suisse, en Pologne. 

 

Quels conseils don­ne­rais-tu aux futur.e.s entrepreneur.e.s ?

Pour créer une entre­prise, il faut “être insa­tiable et être fou” comme le dit Steve Jobs dans son dis­cours de Stan­ford, il faut avoir envie et savoir sai­sir les oppor­tu­ni­tés. Il faut aus­si une grande capa­ci­té de tra­vail et un peu de talent pour trans­for­mer les essais mais cela ne suf­fit pas : il faut s’organiser, recru­ter, for­mer, délé­guer. Cela s’est fait en plu­sieurs étapes, j’ai com­pris et appris en mar­chant. Créer une entre­prise, ce n’est pas juste la fon­der, c’est la défendre, la por­ter, lui don­ner une âme. Il faut y croire, croire en son pro­jet, croire en sa vision. 

 

“Il ne faut pas avoir peur de ce que l’on ne sait pas (encore) faire.”

 

Quand j’ai créé l’agence, je n’avais que très peu d’expé­rience, je n’avais jamais tra­vaillé en agence et n’avais pas mesu­ré à quel point l’absence d’organisation pou­vait la mettre en péril. A côté de mon coeur de métier, je devais mettre en place des pro­cess, une admi­nis­tra­tion des ventes, un pôle stra­té­gie… J’ai sui­vi une for­ma­tion com­plé­men­taire à l’ESSEC pour avoir un regard sur l’entreprise au-delà des mes par­tis-pris de desi­gner mais je me suis sur­tout entou­ré. J’ai ren­con­tré des talents qui sont mon­tés dans le bateau et beau­coup sont encore là aujourd’hui. C’est avant tout l’aventure d’un groupe d’hommes et de femmes, c’est ensemble que nous avons construit Logic Desi­gn, d’où notre base­line “Open Up Together”.

 

Que sou­haites-tu à Logic Desi­gn pour les 30 pro­chaines années ?

Fina­le­ment, 30 ans plus tard, Logic Desi­gn est le reflet de sa genèse mais avec davan­tage de res­sources et de moyens. Ce que je sou­haite à l’agence pour les 30 ans à venir est de recru­ter tou­jours plus de talents, experts, auda­cieux et vision­naires, de savoir les coor­don­ner, les nour­rir et les moti­ver pour tou­jours inno­ver. Et puis, je nous sou­haite de ne jamais perdre notre agi­li­té, notre capa­ci­té à nous adap­ter en appré­hen­dant un monde en constante évolution… 

 

Juliette Ray­naud, Consul­tante en communication

 

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